LGV Limoges Poitiers: le MJS Creuse s’interroge

Les creusois ont récemment appris par voie de presse que le projet de barreau TGV entre Limoges et Poitiers avait été voté à l’assemblée nationale, dans le cadre du volet transport de la loi dite « Grenelle 1 ». Ce projet de ligne à grande vitesse reliant la gare de Limoges à celle de Poitiers se confirme donc, cela semblant à priori être une bonne nouvelle dans une perspective d’optimisation des liaisons rapides entre notre région et la capitale ou la région Poitou Charente.
 

            Néanmoins ce projet nous semble profondément ambivalent et suscite  chez nous des inquiétudes et de fortes réserves. Loin d’être  hostiles à l’idée de rapprocher notre région de grands centres économiques régionaux et nationaux, nous nous posons néanmoins la question de la pertinence d’un tel projet dans le contexte actuel, mais aussi à cause des « effet pervers » qu’il ne manquera pas de provoquer sur notre département rural.
 
            La question du financement du barreau est en elle-même un problème. En effet, la participation des collectivités territoriales à hauteur de 280 Millions d’euros, réclamée par l’Etat pour la validation du projet, nous semble plus qu’excessive, quand on sait que le conseil régional fonctionne avec un budget annuel de 454 millions d’euros. Dans le contexte actuel de crise financière qui annonce une crise économique et sociale d’une ampleur sans précédent, ce qui augmentera les dépenses des collectivités locales sur le plan de la protection des plus démunis, tout en grevant durablement les recettes, nous constatons que le désengagement de l’Etat (qui ne financera les projets de LGV qu’à hauteur de 16 milliards d’ici à 2020) menace plus que jamais la santé économique des régions et des départements. Transfert de charge sans transfert de financement, la rengaine est bien connue.
 
            Dans le même temps il nous semble totalement antithétique de parler de désenclavement de la région Limousin, alors que le désengagement de l’Etat devient patent dans notre département. L’intégration du territoire par les services publics fait partie des priorités historiques de la France d’après guerre, mais cette logique a été mise à mal ces dernières années  Inutile de rappeler que 263 élus locaux avaient démissionné de leurs mandats en 2004 pour protester contre la discrimination territoriale, et avaient à l’époque reçu un soutien massif de la population. Dans ces conditions nous nous inquiétons des conséquences que pourrait avoir la mise en place du barreau Limoges Poitiers sur la fréquentation de la ligne historique du POLT, et donc sur la gare de La Souterraine, alors même que celle-ci a montré ces dernières années la pertinence de son développement (100.000 voyageurs en 2000 et 150.000 aujourd’hui…). C’est vers l’abandon de toute une partie des régions Centre et Limousin que nous nous dirigeons, et ce alors même que les spécialistes des transports sont unanimes pour présenter le ferroviaire comme le moyen de locomotion d’avenir, à l’heure des crises énergétique et environnementale.

 
            Une contrepartie est naturellement présentée, puisqu’il est question d’améliorer les dessertes locales, et de faciliter les trajets jusqu’à Limoges. Si nous nous réjouissons de la promesse d’améliorer les possibilités de se déplacer en transports en commun au sein de la région, l’effet pervers est évident. Un creusois devra à moyen terme se rendre à Limoges puis à Poitiers pour atteindre enfin Paris tant le maintien des TEOZ nous semble improbable… Où est pour lui le gain de temps? Que dire de la logique environnementale quand la distance à parcourir est augmentée considérablement ? Et ne parlons même pas de la hausse du prix que cela entraînera. Plus de temps, moins pratique, plus cher,… Vive le progrès ! (1)


            Inquiets sur les effets pervers que le barreau Limoges Poitiers pourrait provoquer pour notre département, mais néanmoins conscients que les abandons successifs des projets de LGV via le POLT, puis de TGV pendulaire sur la ligne classique POLT incitent la région Limousin à chercher d’autres solutions pour rapprocher sa capitale régionale d’autres centres économiques, nous proposons des pistes de réflexion visant à prévenir le risque d’enclavement accentué de la Creuse.            Nous prônons avant toute chose une modernisation du POLT plutôt que son abandon. Le contexte de crise énergétique, couplée à l’exigence environnementale indique clairement le rôle central que sera appelé à jouer le transport ferroviaire dans les années à venir. Fin de la pertinence des liaisons aériennes intérieures, baisse de compétitivité du transport routier, le rail est la solution d’avenir. Face au risque de sur-fréquentation des lignes, la rénovation d’axes aujourd’hui délaissés est essentielle pour assurer dans les faits le développement ferroviaire. Ainsi, la modernisation de la ligne POLT permettrait à la Creuse d’être idéalement située sur l’axe Paris Toulouse (2). Pour preuve, le développement de la ville de La Souterraine, réussite économique et démographique s’il en est, s’est fait autour de cet axe. Redynamiser le POLT c’est donc offrir à la Creuse des perspectives intéressantes.

 

 

 


            Un autre projet pertinent serait le développement de la ligne Est Ouest qui passe par Guéret. En effet l’électrification de la ligne Bordeaux Lyon, couplée à une évolution de son tracé allant au-delà d’un simple changement de rails permettrait de créer un axe transversal rapide, vecteur de développement économique, et donc d’intégration du territoire. La Creuse serait alors au carrefour de deux axes majeurs.
 

            Le Mouvement des Jeunes Socialistes de la Creuse tient à réaffirmer son rejet de la casse du service ferroviaire, vecteur de désenclavement de nos territoires ruraux. La mise en place du barreau Limoges Poitiers, si elle n’est pas accompagnée de mesures fortes (développement du service TER, investissement sur le POLT, aménagement de l’axe Lyon Bordeaux) sera néfaste pour notre département. Nous refusons par ailleurs que les collectivités locales soient mises à contribution à des niveaux qui mettent en péril leur santé économique et limitent leur capacité d’investissement sur d’autres projets. A l’heure des multiples crises que nous connaissons, nous avons la responsabilité d’inventer un nouveau modèle de développement, et c’est bien de solidarité entre les territoires, de développement partagé dont nous avons besoin.

Notes :

(1)A titre d’exemple:

-La Souterraine Paris en 2h40 pour 43€90 par le POLT,

-La Souterraine Paris en 3h05 pour 79€50 par la LGV

-Guéret Paris via La Souterraine en 3h20 pour 48€

-Guéret Paris via Poitiers en 3h40 pour 82€

(Chiffres de la CGT23)

 

(2) La rénovation des 713 Km de voie coûterait 500 millions d’euros et mettrait Toulouse à moins de 5h de Paris, Brive à moins de 3h20 et La souterraine à 2h10.