…Soif devant la situation climatique mais aussi soif d’avenir.
L’agriculture française est en crise. Entre urgence et défis du 21ème siècle, une nouvelle politique agricole s’impose.
Répondre à l’urgence
Il est difficile aujourd’hui de ne pas être conscient de la grande difficulté que connaissent les agriculteurs français depuis le début des chaleurs ces dernières semaines. La situation climatique désastreuse vient s’abattre sur notre agriculture – pourtant déjà en crise. Les dégâts sont énormes, la situation est plus qu’inquiétante.
Toute la production agricole de la France est désormais affaiblie. Prenons l’exemple des éleveurs qui se trouvent aujourd’hui dans une situation calamiteuse. Devant les difficultés pour nourrir les animaux, les risques de spéculation sur le fourrage et la paille, le gouffre financier pour les exploitations, et bien d’autres dommages encore, les agriculteurs sont dos au mur. Alors que l’urgence et la gravité de la crise nécessitent une action engagée, forte et responsable de la part du gouvernement, celui-ci se contente de mesures tout à fait insuffisantes.
Les agriculteurs ne peuvent pas attendre le mois d’octobre – comme le demande le gouvernement – pour percevoir les fruits du déblocage d’aides publiques. La mise en place de prêts à taux préférentiels pour les agriculteurs ne suffit pas davantage. La situation est exceptionnelle. C’est pour cela que les socialistes demandent des mesures concrètes. L’aide versée aux agriculteurs doit l’être en urgence, et non pas à l’automne quand le mal sera fait. Une partie des deux millions de tonnes de céréales destinées à la production de bioéthanol doit être redistribuée au profit de l’alimentation animale. Il faut également travailler à l’encadrement des prix de l’alimentation du bétail qui pénalise lourdement les exploitations agricoles.
L’urgence est de répondre à cette crise, mais aussi de préparer la rénovation de notre agriculture. Nous ne pouvons plus attendre pour travailler au changement de modèle agricole. Toute notre politique agricole doit être repensée, il en va de la survie des exploitations françaises.
Comprendre l’effondrement
Hier première puissance agricole européenne, la France est aujourd’hui derrière l’Allemagne. Chaque année, près de 20 000 exploitations ferment leurs portes. Les revenus des agriculteurs s’effondrent : ils ont reculé de 20% en 2008 et de 34% en 2009. La même année, 40 000 demandes de Revenu de Solidarité Active (RSA) ont été déposées. Il est ensuite important de prendre conscience que la population agricole se suicide trois fois plus que la moyenne nationale.
Comment la droite peut-elle depuis 2002 oublier à ce point ce secteur d’activité, ce secteur de vie pourtant indispensable pour la France ? Comment peut-on ne pas voir les dégâts engendrés par la politique ultralibérale des gouvernements français et européens depuis une décennie ?
Cette crise est bien la conséquence d’une politique désastreuse dirigée en faveur de la toute puissance du marché. Les centrales d’achat de la grande distribution concentrent aujourd’hui 90% de l’agroalimentaire au détriment de milliers de petits producteurs. Cette situation s’est accentuée depuis le vote en 2008 de la loi « de modernisation de l’économie », renforçant la toute puissance des chaines de la grande distribution. Les agriculteurs ont été sacrifiés par la droite devant l’idéologie néolibérale avec la loi de modernisation agricole, bourreau des agriculteurs livrés au système dérégulé, déséquilibré et opaque. Les quotas laitiers, compris dans la Politique Agricole Commune (PAC), ont été supprimés sous l’impulsion des droites européennes et sous la présidence de l’Union Européenne par Nicolas Sarkozy. Les prix des productions agricoles, se sont effondrés, laissant les agriculteurs sans revenus tirés de leur travail. Une situation humiliante provoquée par la concurrence dérégulée portée par la droite.
Construire une agriculture durable et compétitive
Nous devons aujourd’hui faire le choix d’une agriculture durable sur les plans économique, social et environnemental. Cette agriculture équilibrée du 21ème siècle permettra aux agriculteurs d’être compétitifs et d’évoluer dans un système règlementé et solidaire.
En faisant gagner la gauche en 2012, les Français feront le choix d’une politique publique volontariste. Les socialistes soutiendront la recherche orientée vers la valorisation des produits existants et la découverte de nouveaux éléments. L’agriculture durable sera encouragée. Un effort conséquent devra être fait pour participer au développement d’une agriculture biologique et efficace pour les exploitations. Il sera nécessaire de mettre en place un solide accompagnement des agriculteurs voulant sortir du système des pesticides. Notons d’ailleurs, que la France est tristement devenue le premier consommateur de pesticides en Europe.
Une mesure portée par les socialistes dans certaines collectivités locales consiste à favoriser les commandes de produits agricoles locaux pour les structures de restauration publique. Cette mesure sera alors généralisée au niveau national. Cette réorientation de la commande publique, permettra par exemple aux écoles de bénéficier, dans le cadre de la restauration, de produits alimentaires locaux et de qualité. Plus généralement, les circuits courts seront favorisés pour la consommation alimentaire. Les producteurs auront donc la possibilité de s’adresser plus simplement et de manière directe aux consommateurs. La domination de la grande distribution sera quant à elle limitée.
Il est également indispensable d’œuvrer pour la régulation du système. Au niveau national, les socialistes encourageront le développement de convention de filières, et la généralisation des contractualisations collectives au coté de l’Etat. Une partie importante de la politique agricole se décide au niveau européen. C’est pour cela que les socialistes défendront dans le cadre de la PAC une politique de soutiens publics permettant aux exploitations de fournir des efforts en matière d’écologie et d’économie sociale. Les règles sociales et environnementales seront progressivement harmonisées par le haut. Le juste échange permettra l’émergence de certaines agricultures naissantes et aussi une juste rémunération pour les agriculteurs européens.
La politique agricole se fait aussi au niveau international. L’agriculture durable doit être favorisée pour le développement des pays émergeants.
Nous devons donc répondre à la crise des agricultures française, européenne et aussi mondiale : un formidable défi pour les politiques du 21ème siècle que les socialistes sont prêts à relever.


